Interview avec Juliette Labous

Bonjour Juliette, en cette période de confinement peux-tu nous donner un aperçu de ton quotidien ? Sportivement, je n’ai pas l’autorisation de m’entraîner sur la route comme j’en ai l’habitude donc je m’applique à faire deux séances de sports chez moi par jour. En général j’alterne du home-trainer avec du renforcement musculaire. Au début, sur le home-trainer je faisais surtout de l’entretien, mais maintenant j’essaye de faire de plus en plus de scénaces consacrées à l’endurance et aux intensités. Je profite aussi de cette période pour faire un peu de Yoga, j’en faisais un peu avant mais c’est l’occasion d’en faire un peu plus. J’ai aussi pu me lancer plus sérieusement dans l’apprentissage du Hollandais sur « Babel », j’avais commencé mais n’avais jamais eu beaucoup de temps à y consacrer…maintenant j’ai un assez bon niveau ! Cette période c’est aussi l’occasion de passer plus de temps avec mon copain avec qui je n’ai pas l’habitude de passer le printemps car lui aussi il est d’habitude beaucoup en déplacement (il participe à la Coupe du Monde de VTT) !

En cette période de confinement, quels sont les choses les plus difficiles ? En fait c’était plus dur au début car on ne se rendait pas trop compte de ce qui arrivait, les annulations de courses s’enchaînaient, les objectifs de l’année disparaissaient et on a eu un coup de déprime sachant qu’entre coéquipières ont est toutes assez loin les unes des autres. Mais avec l’équipe Sunweb on a réussit à maintenir un esprit d’équipe en partageant des moments via « Miscrosft Team ». On fait même des petits challenges entre coéquipières (ex : être la plus rapide à changer une roue) pour continuer à échanger entre nous.

Ton équipe est multinationale, il y a-t-il des différences dans la façon d’aborder cette période entre toi et tes coéquipières ? Pour le coup, je suis la seule à ne pas pouvoir m’entraîner sur la route. L’ensemble de mes coéquipières résident dans des pays qui maintiennent la possibilité de s’entraîner seul à l’extérieur (Belgique, Grand Bretagne, Pays Bas, Suède, etc.). C’est donc un peu dur moralement pour moi. Il est clair que l’entrainement sur home-trainer n’est pas l’équivalent d’un entrainement extérieur. C’est plus difficile moralement car on ne fait pas du cyclisme pour être enfermé, c’est aussi limitant au niveau du volume d’entrainement….et plus de stress car on appréhende obligatoirement le retour à la compétition. On aimerait bien que des aménagements soient proposés, mais quoi qui arrive on respecte ce que le gouvernement impose.

Concernant ce retours à la compétition, as-tu une petite visibilité quant à ton programme de courses ? Non, c’est une grande inconnue. Mon programme était centré, sur les courses italiennes et les classiques ardennaises du printemps, puis sur les Championnats de France en Juin, le Tour d’Italie en Juillet et les Jeux Olympiques de Tokyo….et pour l’instant ces épreuves sont soit annulées, soit reportées, soit en attente des décisions gouvernementales ! Donc pour le moment c’est un peu flou. Mon sélectionneur national m’a appelé pour me dire que pour le moment même les championnats d’Europe (Septembre) sont dans l’incertitude et que nous devrions en savoir un peu plus dans deux semaines. Donc on verra bien.

Est-ce que d’après toi les épreuves « reportées » pourrons être organisées en fin d’année ? Déjà certaines des plus importantes courses du calendrier ont déjà été purement et simplement annulées comme le Women’s Tour en Grande Bretagne, mais j’espère qu’un maximum de courses pourront être organisées. Certaines épreuves comme les Strade Bianche, la Flèche Wallonne, etc. sont organisées par des sociétés qui proposent aussi des épreuves masculines, donc je penses qu’elles pourront se permettre de reporter les courses garçons & filles…par contre, je suis un peu plus inquiète pour les organisateurs indépendants comme ceux du Tour d’Italie. J’espère que leurs partenaires et les collectivités les soutiendront.

Aujourd’hui tu es en contrat avec une équipe hollandaise « Sunweb » qui intervient dans le secteur du Tourisme que l’on sait impacté par la crise. Est-ce que cela implique plus de stress ?  Bien sûr on avait un peu d’inquiétude au début, mais cela se passe plutôt bien. Pour le moment nous n’avons pas d’aménagements particuliers et donc pas de chômage partiel ou de réduction de salaire donc tout va bien.

Pour conclure, les Jeux Olympiques de Tokyo, ton objectif de la saison, ont été repoussé à l’été 2021…comment as-tu appris la nouvelle et quel a été ton sentiment sur le moment ? Je crois que comme tous le monde, je l’ai appris via internet…Sur le moment ça a été vraiment dur, j’ai eu un vrai coup de déprime…mais j’ai repris le dessus et je me suis dit qu’étant jeune cela me donnait un an de plus pour progresser et pour montrer que je mérite d’y aller. Donc finalement ça va, mais c’est sûr que ça reste une motivation au quotidien !

Merci beaucoup Juliette pour cet entretien, et le Sports & Entreprises Club ainsi que ses partenaires te souhaite une très bonne préparation pour une seconde partie de saison que l’on espère très chargée !